• Les Fusillés - Dictionnaire biographique - Maitron

    Les Fusillés (1940-1944)

    Dictionnaire biographique des fusillés et exécutés par condamnation et comme otages
    ou guillotinés pendant la Seconde Guerre mondiale

    Les Fusillés - Dictionnaire biographique - Maitronsous la direction de Claude Pennetier, Jean-Pierre Besse, Thomas Pouty et Delphine Leneveu

    Paris, Éditions de l'Atelier, avril 2015
    1950 pages, ill.

    isbn : 978-2-7082-4318-7
    prix : 30 €

    Ils étaient communistes, gaullistes, socialistes, syndicalistes, ou bien tout simplement patriotes ; juifs, chrétiens, ou libres-penseurs. Certains étaient des résistants actifs, d'autres furent arrêtés en raison de leurs origines, de leur engagement militant ou de leur refus de l'Occupation. Tous subirent jusqu'à en perdre la vie l'appareil répressif mis en place par les occupants nazis, les fascistes italiens et les autorités vichystes. Leurs parcours, d'une extrême diversité, convergent le plus souvent vers un but commun : lutter contre la barbarie.

    Ce livre réunit tes biographies de ceux qui furent fusillés en France entre 1940 et 1944. Il rappelle les conditions de leur arrestation et de leur exécution et retrace leur itinéraire, leur vie, leurs engagements. Fruit d'un exceptionnel travail d'historiens, cet ouvrage rend aux fusillés de la Seconde Guerre mondiale un hommage citoyen. Ils sont présents à nos mémoires.

    Ce dictionnaire biographique a été rédigé par un collectif d'une centaine d'auteurs, sous la direction de Claude Pennetier (directeur du Maitron, chercheur CNRS/ CHS Paris-!), Jean-Pierre Besse (1949-2012, historien), Thomas Pouty (historien), Delphine Leneveu (CRHQ-UCBN/CNRS). Il s'inscrit dans la collection Maitron, dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et du mouvement social.

    Quelques notices

    Les Fusillés - Dictionnaire biographique - MaitronBRETAGNE André, Julien, Louis


    Né le 17 juin 1923 à Villeneuve-Saint-Georges (Seine-et-Oise, Val-de-Marne), fusillé comme otage le 11 août 1942 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; serrurier ; résistant.

    Fils de Eugène Célestin Bretagne, [né le 6 mars 1898 à Chambéry), « chauffeur aux chemins de fer » et de Aline Malvina DATHY, son épouse, [née le 6 septembre 1896 à Etreillers (Aisne)], sans profession, André Bretagne, serrurier, travaillait en 1941 chez Drouart à Villeneuve-Saint-Georges, entreprise sous traitante de la SNCF où"l’on manie le tirefond, grosse vis employée pour fixer un rail à patin sur la traverse, inutile d étudier le petit manuel du parfait saboteur ". En décembre, le chantier ferma pour cause de froid, il se fit embaucher, avec son camarade de travail Jean-Marie Castel comme garde-voies ce qui leur permettait d’avoir un laisser-passer ,ausweis. Il habitait chez ses parents dans un pavillon du quartier nord de la ville, rue Eugène Sue.

    Jeune communiste, à partir d’avril 1941, il participa à la constitution d’un triangle de volontaires qui se rattacha à l’Organisation spéciale (OS). Le responsable était Gilbert Deschanciaux et le troisième jeune Roger Calvier. Début 1942, il rejoignit les FTP et participa à de nombreuses actions. Les rapports de police indiquent "incendie de wagons de paille ennemis en gare de Villeneuve-Triage, sabotages de wagons transportant du matériel automobile en mai et juin 1942".

    André Bretagne fut arrêté le 1er août 1942 en compagnie de son camarade Gilbert Deschanciaux ; il avait réussi à s’échapper mais était revenu au domicile de ses parents de crainte que la Gestapo n’arrête l’un d’entre eux. Roger Calvier fut arrêté le jour même, près d’Aubergenville(Seine-et-Oise). Emprisonnés à la prison de la Santé ,tous les trois furent désignés comme "otages en représailles de l’attentat du stade Jean Bouin (à Paris) et divers attentats qui provoquèrent 31 morts allemands dans le mois". Livrés à la police de sécurité allemande (Sipo-Sd, action Stadion), sans avoir été traduits devant un tribunal militaire, ils ont été fusillés au Mont Valérien le 11 août 1942, avec 46 otages. Il était célibataire

    Incinéré le 29 août 1942 au Père Lachaise, l’urne fut restituée le 17 novembre 1944 à la famille, puis les cendres inhumées au cimetière de Villeneuve-Saint-Georges où son nom figure sur la stèle commémorative des « Héros de la résistance et des déportés ».

    Le 3 avril 1945, la mention « Mort pour la France » fut apposée sur son acte de décès. La municipalité a donné son nom à une rue du quartier nord de Villeneuve-Saint-Georges et rue des Fusillés une plaque commémorative aux huit fusillés villeneuvois a été apposée.

    SOURCES : Site Genweb. — Site internet des Fusillés du Mont-Valérien. — Jean-Marie Castel, Les Villeneuvois et les Villeneuvoise sous l’Occupation (1940-1944), Montgeron, Desbouis Gresil, 1990. — État civil de Villeneuve-Saint-Georges, Acte de décès établi conformément au jugement du tribunal civil de la Seine le 24 septembre 1942. — DAVCC Caen, BVIII dossier 3 consulté par Thomas Pouty.

    Annie Pennetier

    Les Fusillés - Dictionnaire biographique - MaitronBUSILLET Robert, Armand, Jules

    Né le 19 janvier 1922 à Port-Launay (Finistère), mort le 10 décembre 1941 au Mont-Valérien (commune de Suresnes, Seine, Hauts-de-Seine)  ; membre du Groupe Élie (CND Castille).

    Robert Busillet, domicilié à Brest, était le fils du capitaine Félix Busillet, un militaire titulaire de nombreuses décorations et décédé sur les champs de bataille de la Première guerre mondiale. Pupille de la nation depuis le 21 avril 1940, Robert Busillet, étudiant célibataire, appartenait au groupe de résistance formé dès novembre 1940 par Louis Élie, entrepreneur de transport. La mission du groupe Élie consistait notamment à récupérer des armes dans des cafés fréquentés par les Allemands. C’est lors d’une de ces opérations, le 28 avril 1941, que se joua le destin du groupe, lors d’une bagarre dans un café de la rue Blanc avec plusieurs soldats allemands. Si tous parvinrent à s’échapper, la Gestapo, par l’arrestation d’un suspect mis ensuite la main sur une liste de noms dont plusieurs des membres du groupe Élie, qui furent arrêtés les uns après les autres. Interpellé le 6 juin 1941 pour participation à des sabotages, incarcéré à Fresnes, Robert Busillet fut condamné à mort le 22 novembre 1941, et bien que le préfet, s’appuyant sur le parcours du père de Busillet, demanda une grâce, il a été fusillé au Mont-Valérien le 10 décembre 1941 avec dix autres résistants.

    Queque temps plus tard, ces mots ont été remis à la famille par un camarade de prison : "Je meurs fusillé sans preuves. Je meurs pour mon pays, car j’ai voulu conserver mon honneur. Que notre sacrifice ne soit pas vain. Je meurs car je n’ai pas voulu trahir."

    En signe de protestation, les ouvriers de l’arsenal de Brest déclenchèrent une grève. Un service religieux célébré en mémoire du Groupe Élie, à Saint-Martin, le 8 janvier 1942 réunit plusieurs centaines de personnes.

    SOURCES : DAVCC, Caen (notes de Thomas Pouty). — Archives départementales du Finistère, 200 W 84 (exécutions). — Georges-Michel Thomas et Alain Le Grand, Le Finistère dans la Guerre (1939-1945), tome 1 : l’Occupation, p. 247-250. — Biger Brewalan, René-Pierre Sudre, Les fusillés du Finistère 1940-1944, Master 1, dir. Christian Bougeard, Université de Bretagne occidentale, 2009-2010. — Guy Krivopissko La vie à en mourir. Lettres de fusillés 1941-1944. p. 106. Tallandier, 2003.

    Biger Brewalan, René-Pierre Sudre

     

    Les Fusillés - Dictionnaire biographique - MaitronJAGUIN Jean, Maurice, Pierre

    Né le 21 octobre 1926 à Créteil (Seine, Val-de-Marne), fusillé par les Allemands le 18 novembre 1943 au polygone de Bourges (Cher) ; résistant Front national de Créteil et de Corrèze.

    Fils de Roger Jaguin, serrurier né à Saint-Maur-des-Fossés et de Gilberte Lardy maroquinière, née à Créteil, Jean Jaguin, orphelin, demeurait chez sa grand-mère, 6 Cour de la Plaine dans le bourg du village, avec sa soeur. Une de ses amie de l’époque le voyait "un peu exalté, un peu voyant, un peu m’as-tu vu, un peu rouge, bien anti-boche, joyeux drille" (madame Courtin).

    Le résistant Paul De Ronne, sollicité par Georges Pouget, créa la section de Créteil du Front national. Il fit appel aux jeunes cristoliens en février 1943 en vue d’opérations d’envergure ; parmi les jeunes recrues figuraient Jean Jaguin et Robert Legeay. Jugés aptes à devenir maquisard, début juillet 1943, ils rejoignirent via La Souterraine, un maquis de Corrèze.

    Le 15 octobre 1943, en gare de Vierzon, des représentants des autorités allemandes les fouillèrent, une arme de poing et des bâtons de dynamite furent découverts dans leur paquetage (DAVCC). Détenus à la prison de Bourges, ils subirent les sévices du tortionnaire Pierre Paoli, agent français de la Gestapo, surnommé "le monstre". Dans les jours suivants, Paul de Ronne et son jeune frère Gaby furent arrêtés par la Gestapo à leur domicile de Créteil,puis internés et torturés à la prison de Fresnes. La date d’arrestation est discutable les frères De Ronne, selon leur témoignage auraient été arrêtés le 8 octobre, à moins que l’arrestation de Legeay et Jaguin soit en fait antérieure d’une semaine.

    Le 9 novembre 1943, Jean Jaguin et Robert Legeay furent condamnés à mort par le tribunal militaire allemand FK 776 de Bourges pour "détention d’armes et de munitions, résistant qui aurait été en mission" et fusillés neuf jours plus tard , au lieudit Montifaut au polygone de Bourges. Leurs corps ont été inhumés au cimetière Saint-Lazare de Bourges dans le carré des fusillés (fosse 863). Jean avait 17 ans.

    À Créteil, l’annonce de leur condamnation déclencha une forte émotion et réprobation, chez les notables notamment, mais en vain.

    La date du 18 novembre figure sur leurs dossiers de la DAVCC et sur la stèle de Montifaut, la mairie de Créteil a reçu le 4 janvier 1944 la grosse du jugement rendu par le tribunal civil de 1ère instance de Bourges à la date du 8 décembre 1943, indiquant par erreur le 23 novembre comme date de mort ; ce jour, neuf autres résistants avaient été fusillés.

    Le nom de Jean Jaguin figure sur la stèle commémorative des fusillés de Montifaut à Bourges et sur le monument aux morts de Créteil où son corps fut réinhumé. Par délibération municipale du 8 décembre 1944, une rue de Créteil porte son nom.

    La mention "Mort pour la France" lui fut attribuée sur avis du Ministère aux Anciens Combattants, en date du 15 décembre 1947.

    Paul et Gaby De Ronne revinrent de déportation en mai et juin 1945.

    SOURCES : DAVCC, Caen, B VIII 4, Liste S 1744 (Notes de Th.Pouty). - Mémorial GenWeb. — État civil. — Créteil en son terroir à travers rues et chemins. "Les Amis de Créteil", 2009.- Témoignage de Paul De Ronne dans Créteil se raconte n°11, juin 2009. — Documents fournis par Christian Baumgarth. — Arch.com.Créteil.

    Annie Pennetier 

    « Histoire de l'Algérie colonialeLe modèle suédois. Les gauches françaises et l'impossible social-démocratie »

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  • Commentaires

    4
    Lundi 8 Juin 2015 à 10:39
    3
    de Franssu
    Samedi 6 Juin 2015 à 11:59

    Je voudraicommander ce livre

    Merci

    2
    Mardi 19 Mai 2015 à 10:49

    Voici la réponse de Claude Pennetier

     

     

    La Gestapo (Geheime Staatspolizei), police secrète d'État  n'agit pas que dans le Reich, elle est présente dans le ressort du MBF. Elle s'installe dès août 1940 dans la France occupée puis en 1942 en ex.zone libre. En avril 1942 les pouvoirs de police en France sont enlevés aux militaires (Feldgendarmerie) et confiées au général de police SS Karl Oberg. La Gestapo va alors absorber les services militaires  de la Feldgendarmerie , elle renforce ses quelques 1500  policiers allemands en France par 40000 auxiliaires français. L'usage de la torture lui est recommandée par une note du 10 juin 1942.  C'est elle qui alimente la réserve du camp de Romainville.  Elle procède à 40 000 arrestations en 1943.
    La Sipo-SD, service de police de sécurité est une police politique qui au départ  coiffe en France  la Gestapo et la Kripo, mais ne les efface pas. La Gestapo prend toute sa place en 1942.
    L'appareil policier (dont fait partie la Gestapo) a souvent été réduit à tort  au seul terme Gestapo, ce qui ne veut pas dire que la Gestapo n'existe pas sur les deux zones. Bien au contraire.
     
     

     

    1
    Roba
    Vendredi 8 Mai 2015 à 18:48

    Je suis étonné de lire dans ces notices le mot 'Gestapo'. J'ai toujours cru que cette police  n'avait jamais opéré en territoires occuoés Le 'sta' était d'ailleurs pour  'Staat' (Etat). Son équivalent en France était la Sipo-SD. Confondre ces deux polices c'estt comme ne pa faire de différence entre FBI et CIA...


    Qui peut m'éclairer?


     


    Merci.


     


    JLR

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