• Blanc de plomb. Histoire d’un poison légal

    Blanc de plomb
    Histoire d’un poison légal

    Blanc de plomb. Histoire d’un poison légalJudith Rainhorn

    Paris, SciencesPo Les Presses, mai 2019
    372 p.

    prix : 26 € 

    Les substances toxiques peuplent notre monde, elles ont conquis l’air ambiant et envahi l’espace domestique. Nourriture, emballages alimentaires, textiles, produits cosmétiques, peintures... Pas un domaine de la vie quotidienne n’échappe à la myriade de poisons, cancérogènes ou perturbateurs endocriniens suspectés ou avérés. Chacun le sait et, pourtant, y consent.

    Pour comprendre les raisons de cet accommodement collectif, l’historienne Judith Rainhorn a enquêté sur le blanc de plomb, la fameuse céruse, massivement fabriquée et utilisée pour blanchir la peinture qui a couvert les murs des villes européennes depuis la fin du XVIIIe siècle. Poison du travail pour les ouvriers qui l’ont jadis manipulé dans les ateliers empoussiérés, le pigment de plomb, responsable du saturnisme, est aujourd’hui un poison environnemental.

    Comme pour l’amiante, les pesticides, les phtalates ou encore les nanoparticules, la logique sociale, industrielle, scientifique et politique a imposé son rythme et ses nécessités, faisant de la céruse un poison légal.

    Judith Rainhorn est historienne, professeure à l’université Paris 1 Panthéon- Sorbonne et membre du Centre d’histoire sociale des mondes contemporains (CHS). Ses travaux portent sur l’histoire du travail, de la santé et de l’environnement des populations urbaines en France et aux États-Unis aux XIXe et XXe siècles.

    Voir également l'article paru dans Libération le 3 mai 2019
    « Autour de Notre-Dame, un silence de plomb »

    Table des matières 

    Introduction – Les raisons de la colère 

    Chapitre 1 – S'approprier le poison (XVIIIe siècle-1830) 
    Des fards antiques aux parements urbains  
    De Venise à Amsterdam  
    L’appropriation d’un secteur stratégique  
         Balbutiements  
         À procédé nouveau, nouvelle fabrique  
         Soutenir à bout de bras la céruse patriote  
    La céruse française au premier XIXe siècle  
         Une industrie émiettée  
         Nouveaux marchés  

    Chapitre 2 – L’invention du saturnisme (1820-1860)  
    Assembler des savoirs en miettes  
         Paternité de l’identification  
         Confuses coliques  
         Tanquerel, le passeur des terres 
         Lefèvre, le passeur des mers  
    Désigner la coupable  
         Un cadre juridique exceptionnel  
         Brutalité épidémique  
         Une réglementation sous influence  
    Tâtonnements thérapeutiques et prophylaxie douteuse  
         La postérité européenne du « macaroni »  
         Les médecins au front de la prévention  
         Adapter les hommes aux risques du travail  
         Les saturnins, ouvriers alcooliques et désaffiliés ?  
         Consentir au risque  

    Chapitre 3 – Au bord du gouffre (1845-1853)  
    Les difficultés de la substitution  
    Le « moment » Leclaire  
         Leclaire, inventeur autodidacte  
         Du laboratoire à l’usine  
         Publiciser l’invention  
    Vers une décision politique ?  
         À la recherche du « patronage de l’autorité »  
         Prescrire n’est pas proscrire  
    Concurrences et stratégies sur le marché des pigments  
         Les cérusiers en ordre de bataille  
         La Vieille-Montagne prépare l’offensive  
         Sur le pré  
    Les tenaces résistances de la céruse  
         La « routine », ennemie du progrès ? 
         Fraudes et duperies dans les métiers de la peinture  
         Contre Leclaire, saint-simonien et fouriériste  

    Chapitre 4 – Grammaires de l’opacité (1853-1900)  
    S’organiser pour construire un argument  
         Concentration géographique et coalescences familiales  
         Défendre le tarif et modifier la classe  
         Expert-Bezançon, roi du blanc poison  
    « Autant de sécurité que du pain chez les boulangers »  
         La normalisation technique  
         L’eau et l’huile, « panacées des cérusiers » ?  
         Hiérarchiser les fabriques pour légitimer le secteur  
         La provincialisation du problème sanitaire  
    Construire l’opacité par le discours  
         Parole d’expert, parole d’évangile  
         L’ombre d’un doute  
         La rhétorique du risque maîtrisé  
         Alcool et plomb, les failles du savoir  
         Quelques certitudes, beaucoup d’incertitudes  
         Le confinement dans la sphère savante  
    L’opacité statistique du fait pathologique  
         Du fait divers à l’introuvable population statistique  
         Discréditer le chiffre  
         Le métier, facteur de risque morbide  

    Chapitre 5 – Enfance d’une cause (1900-1909)  
    Des cérusiers aux peintres  
         Du risque vécu au risque mesuré  
         Des victimes visibles et armées  
    Les ressorts de la mobilisation ouvrière  
         Lacunes et omissions du syndicat 
         Les socles de l’émotion populaire  
         Inscrire le combat dans une généalogie   
         « Dom Craissac de la Céruse »  
         Des lignes de faille idéologiques et tactiques  
    « Les hommes qui pensent et les hommes qui peinent » 
         Les institutions internationalisées de l’hygiène au travail  
         Hommes de l’art en politique  
         Les « fonctionnaires d’état-major » en ordre de bataille  
         L’hygiène industrielle en partage  
         La céruse et le « massacre des innocents »  

    Chapitre 6 – Négocier la loi (1901-1919)  
    Récit d’une chronique parlementaire  
         La tentation administrative  
         Le volontarisme des députés  
         La force de l’inertie  
    Techniciser le débat pour le dépolitiser  
         Cerner l’épidémie  
         « Faire de la peinture en manchettes »  
         Le bégaiement du débat technique  
    L’État contre les intérêts privés  
         Une réglementation inapplicable  
         Indemniser les empoisonneurs ?  
    Cause humaniste ou complot de basse politique ?  
         Cérusards vs anti-cérusards  
         La céruse dans le concert des nations  
    Une loi peut en cacher une autre  
         Une matrice commune  
         Le choix de la réparation
         Pratiques et limites des textes  

    Chapitre 7 – L’engagement des nations (1919-années 1930)  
    Anciens acteurs, nouvelles arènes  
         Le berceau précoce de l’AIPLT  
         Un problème « mûr au point de vue technique »  
         Le feu aux poudres  
    Construire le consensus  
         Les conditions du dissensus  
         Confisquer le débat technique 
         « Le coup de théâtre de Godart »  
         Une victoire en demi-teinte  
    « La moitié seulement de la besogne est faite »  
          Au mépris de la loi  
         « Un travail de termite »  
         L’écho belge  
         Ratify or not ratify, that is the question 

    Épilogue – La céruse à bas bruit 

    Index, Bibliographie , Sources

    « JUSTICE SOCIALE ET TRAVAIL DÉCENT. L'OIT en actionLe prix du travail. France et espaces coloniaux, 19e-21e siècles »

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